Olivier BECHT : les Français de l’étranger, “porte-drapeaux de nos valeurs et de nos savoir-faire”



Olivier BECHT est Ministre délégué auprès de la ministre de l'Europe et des Affaires étrangères chargé du Commerce extérieur, de l'Attractivité et des Français de l'étranger.


Vous avez notamment été maire de Rixheim, vice-président du conseil départemental du Haut-Rhin, puis député du Haut-Rhin, cofondateur du parti Agir et président du groupe Agir à l'Assemblée nationale. Vous êtes maintenant ministre. Quel “fil rouge” donne sa cohérence à votre engagement et à votre parcours politique ?


D’une certaine façon, le fait d’être alsacien n’est pas étranger à mon engagement politique. L’Alsace est une terre qui, vous le savez, a payé un lourd tribut du fait des guerres qui ont opposé la France à l’Allemagne, dans le cadre de la guerre franco-prussienne de 1870-1871, puis des deux conflits mondiaux au XXe siècle. Au cœur de l’Europe, l’Alsace est l’un des symboles de la réconciliation et de l’entente entre deux nations qui se firent jadis la guerre. Le Conseil de l’Europe et l’Union européenne n’ont pas choisi Strasbourg par hasard comme siège d’institutions importantes.


Mes deux grands-pères furent incorporés de force dans la Wehrmacht à la suite de l’ordonnance de l’Allemagne nazie du 25 août 1942, soumettant au service militaire obligatoire “les hommes appartenant au peuple allemand en Alsace”. L’un prit la fuite pour rejoindre la 1ère division blindée, qui libéra ensuite l’Alsace et l’autre partit rejoindre la Résistance dans les Vosges : leurs parcours ont nourri mes engagements.


Je suis imprégné de cette histoire personnelle et plus largement des leçons de l’Histoire. Celles-ci nous ont enseigné les funestes conséquences des totalitarismes et des guerres qu’ils provoquent. Je suis imprégné des principes qui ont présidé à la construction de l’Europe politique. Dans chacune des fonctions que j’ai exercées, ces valeurs n’ont cessé de me guider. Par ailleurs, quand il a fallu agir et décider, j’ai toujours fait le choix – que ce soit au niveau communal, intercommunal, départemental ou national – du pragmatisme, de ce qui fonctionne, de ce qui améliore la vie de nos territoires et de leurs habitants, sans jamais céder à une idéologie quelconque.


Au sein du gouvernement d’Elisabeth BORNE, vous êtes chargé des politiques en faveur du commerce extérieur, de l’attractivité et des Français de l’étranger. Quelle est votre vision globale et dans quelle mesure le contexte international scandé par les crises (Ukraine, Taïwan, etc.) est-il contraignant ?


Je suis en effet ministre délégué en charge de ces sujets auprès de la ministre de l’Europe et des Affaires étrangères. Je voudrais d’abord saluer notre corps diplomatique et l’ensemble des personnels qui œuvrent à ses côtés. Je suis frappé de voir, depuis que j’ai pris mes fonctions en juillet, combien tous se passionnent pour leur mission. Par leur compréhension profonde de notre environnement mondial, par leur capacité à analyser les menaces qui nous guettent collectivement, ils constituent un vrai atout pour notre pays et pour nos relations avec le reste du monde.


Le contexte international dans lequel nous évoluons est troublé. Nos économies, chamboulées par la pandémie, tentent de se reconstruire. La guerre d’agression russe en Ukraine a entraîné son lot d’horreurs. Elle a aussi déclenché une crise de l’énergie qui touche le monde entier. Certains pays ne sont pas à l’abri d’une crise alimentaire. Notre sécurité globale est fortement menacée. Les défis sont immenses.


Ce que je cherche à mettre en œuvre, dans ce contexte, ce sont des partenariats durables, qui nous permettent de relever tous ces défis, en particulier le défi climatique, et de préparer aux équilibres du monde de demain.


La mission qui m’a été confiée est la suivante : mettre en œuvre une diplomatie économique offensive pour doper notre économie et contribuer ainsi à la reconquête de notre souveraineté industrielle, numérique et énergétique. J’ai entamé un “porte à porte”, pour, pays par pays construire ces alliances économiques et ces partenariats stratégiques, afin d’attirer tous les investisseurs et talents dont nous avons besoin et pour ancrer durablement la présence française dans le monde.


La balance commerciale hexagonale est déficitaire depuis 2004, avec un record de 85 milliards d’euros en 2021. Comment faire pour renverser cette tendance et faire de l’évolution du taux de change euro / dollar une opportunité pour accompagner le soutien aux exportations, l’amélioration de la compétitivité des produits nationaux et le gain de nouvelles parts de marché ?


La France souffre d’un déficit commercial largement aggravé par la facture énergétique qui s’alourdit du fait du conflit en Ukraine. D’ailleurs tous les principaux pays de la zone euro sont touchés par une dégradation du solde commercial : même l’Allemagne, habituée aux excédents, est concernée.


Mais cette situation ne doit pas cacher nos atouts et la résilience exceptionnelle de notre économie : la croissance résiste ; le nombre d’entreprises exportatrices augmente (plus de 138 000) ; dans l’agroalimentaire ou le textile, les exportations retrouvent voire dépassent leur niveau d’avant-crise. Enfin, la balance des services est largement excédentaire et notre balance courante, vrai baromètre de la capacité de notre économie à équilibrer ses échanges avec le reste du monde, reste globalement proche de l’équilibre.


Ensuite, mon objectif n’est pas le chiffre de la balance commerciale, c’est notre ré-industrialisation, qui repose sur notre capacité à innover et à garantir à nos filières des débouchés à l’export. C’est cela qui va nous permettre de réindustrialiser massivement et, dans un second temps, d’améliorer notre balance commerciale.


Quant à l’évolution du taux de change, les conséquences ne sont pas les mêmes pour tous. Cela augmente les prix des biens importés, en particulier des énergies importées. En revanche, les entreprises exportatrices bénéficient de la baisse du change : leurs prix, ramenés en dollar auront diminué. Le dollar fort représente donc une opportunité pour nos PME et ETI. Je souhaite inciter celles de nos entreprises qui n’exportent pas encore à se saisir de ce nouveau contexte en les accompagnant à l’export, tout en renforçant la présence sur le marché international de celles qui exportent déjà.


Si les Français de l’étranger contribuent au rayonnement de la France à travers le monde, ils le font souvent en marge des réseaux diplomatiques et institutionnels traditionnels. Comment mieux associer ces forces vives à la stratégie d’influence nationale ?


Je veux d’abord saluer le Club France Initiative, présidé par la députée Anne Genetet, qui a pour but de connecter les forces vives des Français de l’étranger afin de renforcer l’influence française en Europe et dans le monde.


Je me réjouis que mon périmètre inclue les Français de l’étranger, en sus des volets économiques que sont le commerce extérieur et l’attractivité.


C’est une partie essentielle de mon portefeuille. Il y a une vraie logique à ce que le ministre chargé du commerce extérieur et de l’attractivité soit aussi celui des Français de l’étranger car ces derniers sont de formidables ambassadeurs au quotidien de notre culture. Ils sont de véritables porte-drapeaux de nos valeurs - aujourd’hui attaquées - et de nos savoir-faire. Ils sont souvent, par leurs engagements professionnels, de véritables vecteurs du rayonnement économique français dans le monde.


Je veux associer les Français de l’étranger à la campagne que j’entends mener pour communiquer sur les atouts de notre pays. Je veux que leurs réussites inspirent nos concitoyens et permettent de faire rayonner l’image de la France dans le monde. Je veux qu’ils continuent à s’impliquer dans le tissu associatif français à l’étranger - social, culturel, éducatif - qui constitue là encore un moyen d’asseoir notre influence.


On vous sait passionné - de longue date - par le Japon et la culture japonaise. D’où vient cette “nippophilie” ? Et quel avenir pour le Japon en Asie du Sud-Est et au sein de notre stratégie dans l’Indopacifique ?


Je suis tombé en effet, lycéen, dans la passion des mangas. C’était l’époque à la télévision des Chevaliers du Zodiaque, de Maison Ikkoku. De fil en aiguille, j’ai commencé à m’intéresser à la civilisation japonaise, à la littérature, j’ai appris un peu le japonais et j’y ai voyagé.


J’ai continué à entretenir des liens forts avec le Japon comme président, ces dernières années, du Centre européen d’études japonaises d’Alsace. Son rôle est de permettre le développement des relations économiques entre l’Alsace et le Japon mais aussi de diffuser la culture japonaise en Alsace.


Comme puissance majeure de l’Indopacifique, le Japon est naturellement un pays avec lequel nous avons vocation à coopérer davantage sur les enjeux propres à l’Indopacifique (sécurité maritime, prévention des catastrophes naturelles). Nous avons également vocation à densifier nos échanges économiques avec un pays qui est à la pointe en matière de santé, d’infrastructures de qualité et de protection de l’environnement. Le partenariat stratégique bilatéral, qui nous lie avec le Japon depuis 1995, a été rehaussé en 2013 au rang de partenariat d’exception.