Sophie LARTILLEUX-SUBERVILLE, Conseillère consulaire de San Francisco

Sophie LARTILLEUX-SUBERVILLE vit aux États-Unis à San Francisco où elle dirige l’Institut de recherche en santé mentale de Palo Alto et est Vice-présidente du Conseil consulaire. Née à Mexico, elle a vécu “100% hors de France”. Elle revient sur son parcours, ses projets et l’image de la France en Californie.


Portrait de Sophie LARTILLEUX-SUBERVILLE

Qui êtes-vous et quel est votre parcours ?


Je suis une Française ayant vécu 100% hors de France ! Née de parents français au Mexique où mon père, qui travaillait dans l’industrie du tourisme, venait de s’installer, j’ai effectué ma scolarité au lycée français de Mexico jusqu’au bac, puis j’ai suivi une formation commerciale aux Etats Unis. Chaque été, nous allions en France pour les vacances.


Après une brève parenthèse aux Etats-Unis, j’ai épousé un franco-mexicain avec lequel je me suis à nouveau installée à Mexico. Nos quatre enfants ont eux aussi réalisé leur scolarité au lycée français de Mexico.


A Mexico, j’ai notamment dirigé un réseau de librairies françaises. Nous avons beaucoup travaillé avec les services culturels de l’ambassade de France, l'Institut français d'Amérique latine et les Alliances françaises. Notre activité fut prospère jusqu’à … l’arrivée de l’internet !


Pourquoi avoir choisi de vivre aux États-Unis, à San Francisco ?


A Mexico, dans les années 90, l’insécurité était déjà un fléau. Nous projetions donc de changer de cadre de vie. Nous recherchions une ville à taille humaine, avec des établissements scolaires français de qualité, non loin du Mexique (où se trouve l’essentiel de ma belle-famille) et avec un climat doux. San Francisco l’a finalement emporté sur San Diego et Boston.


Nous y vivons depuis 1998. Trois de nos enfants sont toujours aux États-Unis. Ils sont dans le même temps très attachés à la France. Deux envisagent d’y étudier ou d’y travailler, l’un pour poursuivre sa formation d’acteur, l’autre pour travailler dans l’hôtellerie.


Quels ont été vos principaux projets et activités à San Francisco ?


Passionnée par la psychologie, j’ai d’abord trouvé un travail auprès du Consulat général pour venir en aide aux Français en détresse. J’ai ensuite obtenu de travailler au sein des services culturels pour m’occuper des écrivains qui venaient à San Francisco en tournée promotionnelle ou en résidence artistique. Puis j’ai été chargée, dans le cadre de la French American Cultural Society, de trouver des financements pour promouvoir et encourager la production culturelle française en assistant les artistes et les professionnels.


Je suis enfin revenue à mes premières amours en dirigeant l’Institut de recherche en santé mentale de Palo Alto. Plus connue en Europe qu’aux États-Unis, l’Ecole de Palo Alto est un courant de pensée et de recherche en psychologie et psychosociologie à l'origine, notamment, de la thérapie familiale et de la thérapie brève. Nous y travaillons tout particulièrement sur la relation d’aide et sur les interactions.


Constatant par ailleurs le manque de formation des personnes venant en aide aux Français établis dans la région de San Francisco, j’ai parallèlement participé à la fondation du réseau d’entraide pour la communauté francophone Main dans la Main. Unique dans la région, ce réseau essaie d’apporter une réponse rapide et de proximité à toute personne en détresse ou en demande de soutien. A l’instar de nos actions récentes pendant les feux de forêt ou la crise sanitaire, nous travaillons en lien étroit avec le Consulat général.


Vous êtes aussi Vice-présidente du Conseil consulaire. Quel est votre rôle ?


Un mot d’abord sur la circonscription consulaire. Elle est vaste puisqu’elle s'étend sur 10 États ou parties d'États du Nord-Ouest des États-Unis qui représentent plus de 7 fois la superficie de la France : Californie du Nord, Alaska, Hawaï, Idaho, Montana, Oregon, Nevada du nord, Utah, État de Washington, Wyoming, ainsi que les îles du Pacifique sous juridiction américaine Guam et Samoa. Les consuls honoraires permettent de relayer localement l’action du consulat. La majorité des Français résident dans la région de San Francisco.


La première importante vague d’immigration de Français date de la ruée vers l’or en Californie au milieu du 19e siècle. La plupart perpétuèrent alors leur métier d’origine : berger. La communauté française actuelle est diverse : toutes les régions françaises et tous les métiers y sont représentés. Même si l’on trouve beaucoup de Français parmi les ingénieurs de la Silicon Valley, où ils sont très recherchés pour leur formation en informatique, les petits entrepreneurs et les restaurateurs ... Après un pic en 2017, le nombre des expatriés tend à décroître, probablement en raison des difficultés à scolariser les enfants et le coût élevé de la vie.


J’ai été élue Conseillère consulaire en 2014. C’est mon premier mandat. Mon rôle est celui d’une “interface”, facilitant l’échange entre la communauté française et les services consulaires, et, lorsque nécessaire, avec l’administration et les parlementaires français. Ce rôle nécessite d’être à l’écoute et d’entretenir de bons rapports avec l’ensemble des parties prenantes de cet échange. Je suis tout particulièrement mobilisée par le Réseau Main dans la Main et les divers sujets scolaires de la rentrée à traiter dans le cadre du conseil d’administration du lycée français de San Francisco.


En raison de la crise sanitaire, les élections consulaires ont été reportées et notre mandat de 6 ans rallongé d’une année. Désireuse de poursuivre mon engagement, je serai probablement à nouveau candidate en 2021.


Réunion de travail au Consulat de France à San Franciso

Avec les “héros” américains de l’attentat déjoué du Thalys en 2015

Comment les nombreux entrepreneurs français installés dans la région traversent-ils les conséquences économiques de la crise sanitaire ?


Ils sont très lourdement impactés ! En regard de leurs difficultés, les aides françaises - autres que pour le rapatriement - sont bien parcimonieuses … Certains Français, notamment des mères célibataires, sont en très grande difficulté du fait du coût élevé de la vie locale, et bien souvent l’aide est insuffisante Mais il y a aussi de belles histoires. Je pense à ce coiffeur, ce restaurateur et ce négociant en vin (entre autres) qui ont dû cesser leur activité sans recevoir d’aide publique : la communauté française lui est venue en aide. Au cours de la crise sanitaire de la Covid-19, nous avons mis en place une plateforme d’entraide et les Français ont fait preuve d’une solidarité exceptionnelle dont nous pouvons être fiers !


Si San Francisco est la 3ème destination touristique préférée des Français aux États-Unis, quelle est l'image locale de la France et comment l’Hexagone pourrait-il mieux rayonner aux États-Unis ?


L’image de la France est excellente au plan culturel : notre pays est perçu comme celui du savoir-vivre, du savoir-faire, d’une certaine réflexion, de la mode, de la bienséance et bien sûr de la gastronomie. Cette perception est encore rehaussée depuis que les Franciscanais ont redécouvert les “arts de la table” à l’occasion du confinement !


La perception de la France est plus contrastée dans le domaine économique : d’un côté, une terre d’excellence pour l’innovation (Minitel, TGV, etc.) et l’éducation (avec une perception du monde singulière et une solide culture générale) ; de l’autre, peinant à se vendre, à appliquer sa recherche ou à exploiter certaines inventions … Les mentalités françaises évoluent cependant. Les jeunes générations ont moins peur de la concurrence étrangère. A ce titre, la montée de la France dans le classement de Shanghaï 2020 est encourageante. J’ai confiance.


Pour mieux rayonner encore, la France pourrait peut-être diffuser davantage l’enseignement du Français dans les États américains “de l’intérieur”, promouvoir sa gastronomie sous l’angle de la lutte contre la “malbouffe”, ou encore “démocratiser” l’accès à certains de ses produits emblématiques qui restent pour la plupart onéreux. Enfin, et à nouveau, la France devrait davantage aider l’ensemble de nos compatriotes qui entreprennent à l’étranger !


En guise de conclusion, un pronostic pour l’élection présidentielle américaine ?


Je n’ose plus pronostiquer depuis 2016 …


Mais je crois l’élection de Joe BIDEN souhaitable pour les États-Unis et ses partenaires internationaux ; et je la crois possible depuis son dernier discours et le choix d’un ticket avec Kamala HARRIS. L’abstention différentielle sera aussi décisive : contrairement à 2016, certains Républicains pourraient ne pas se déplacer tandis que de jeunes Démocrates pourraient ne pas s’abstenir.


Les campagnes électorales américaines sont néanmoins très dures et hautement imprévisibles … Vous l’avez compris, il s’agit moins là d’un pronostic que d’un souhait.

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